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La méditation en question

On sait tous que de nombreuses entreprises de la Silicon Valley offrent des séances de méditation à leurs employés pour les aider à tenir le choc dans l’environnement complexe et stressant qu’ils doivent gérer. Mais ce n’est peut-être pas une bonne idée… Pour Kathleen Vohs, professeur de marketing à l’université du Minnesota, et Andrew C. Hafenbrack (@andyhafenbrack), professeur de comportement organisationnel à l’école de business et économie Catolica-Lisbon, la méditation de type « mindfulness » (pleine conscience) aurait au contraire pour mauvaise conséquence d’abaisser le niveau de motivation des employés. Ils ont publié leurs recherches dans le Journal of Organizational Behavior and Human Decision Processes et les ont résumées dans un article pour le New York Times.

L’équipe a procédé à une série d’expériences de structure classique, impliquant trois groupes, l’un de pratiquants de la méditation, un second qui devait laisser ses pensées vagabonder et un troisième dont les membres devaient lire les actualités ou écrire sur leur journée. Puis on a donné aux sujets une tâche à accomplir comme remplir un mémo, utiliser un traitement de texte, etc. Enfin on leur a donné un questionnaire. Selon les réponses, les « méditants » étaient les moins motivés pour accomplir ce genre de tâche…

Résultat : il semblerait que « la méditation était corrélée avec des pensées réduites sur l’avenir et de plus grands sentiments de calme et de sérénité – des états apparemment peu propices à vouloir s’attaquer à un projet de travail. »

La motivation, mais quelle motivation ?


Voilà pour la motivation, mais qu’en était-il de la performance elle-même ? « Ici, nous avons constaté qu’en moyenne, avoir médité n’a ni profité ni nui à la qualité du travail d’un participant. Ce fut une mauvaise nouvelle pour les partisans de la méditation en milieu de travail : après tout, des études antérieures ont montré que la méditation augmente la concentration mentale, suggérant que ceux qui ont effectué l’exercice de pleine conscience auraient mieux exécuté leur tâche. Leur niveau de motivation plus bas semblait toutefois annuler cet avantage. »

Les chercheurs ont ensuite cherché à savoir si octroyer une récompense pour de très bonnes performances serait susceptible d’accroire la motivation des méditants. Apparemment cela n’a pas eu d’effet. Pour les deux auteurs, la méditation s’apparenterait donc à une sieste : bénéfique, reposante, mais « qui en se réveillant d’une sieste, serait pressé d’organiser ses fichiers ? ».

Présenté comme cela, cela implique qu’effectivement, l’usage de la méditation n’est pas forcément positif. Mais j’avoue avoir une petite préférence pour la manière dont Boing Boing a présenté cette étude, et qui a le mérite, à mon avis, de frapper là où ça fait mal : « Les employés qui pratiquent la méditation pleine conscience sont moins motivés, ayant réalisé la futilité de leur travail ».

Enfin, une petite note supplémentaire : qu’est-ce qu’un pratiquant de la « méditation » ? L’article du New York Times nous explique que « certains des participants à nos études ont été formés à quelques-unes des techniques de méditation de pleine conscience les plus courantes. Un coach professionnel de méditation leur a demandé de se concentrer sur leur respiration ou de scanner mentalement leur corps à la recherche de sensations physiques, en leur rappelant doucement qu’il n’y avait pas de bonne ou de mauvaise façon de faire l’exercice. »

Autrement dit, l’expérience a fait appel à des débutants, plutôt qu’à des moines zen ! Quant au fait de dire qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de faire l’exercice, ça se discute. Il n’y a qu’à lire les manuels de méditation bouddhistes des diverses obédiences, qu’ils soient d’Asie du Sud-Est, du Tibet ou issus du Zen, pour se rendre compte que oui, il y a apparemment de bonnes et mauvaises manières de pratiquer la méditation.

La méditation augmente-t-elle notre compassion ?


La psychologue Ute Kreplin, elle, s’est demandé dans Aeon si la méditation pouvait « participer à la création d’un monde meilleur », autrement dit, si, comme l’affirment ses adeptes, elle développe les sentiments d’empathie et de respect pour les autres humains.

Pour ce faire elle n’a pas réalisé d’expérience spécifique, mais a conduit une méta-analyse. Autrement dit, elle a examiné la littérature sur le sujet et comparé 20 expériences. Elle a bien sûr étudié les travaux sur la « méditation pleine conscience », mais, en accord avec son sujet, s’est intéressée aussi à une forme de méditation très appréciée aussi en occident, la méditation « loving-kindness » – « amour et compassion » -, qui consiste à se concentrer sur des sentiments positifs envers autrui.

Effectuer une méta-analyse n’est pas simple, car toutes les expériences ne suivent pas exactement le même protocole ni ne sont centrées sur exactement la même question… Ainsi, explique-t-elle, une des études consistait à enjoindre les méditants à se concentrer sur leur respiration, tandis que le groupe contrôle s’impliquait dans une discussion hebdomadaire sur les bienfaits de la compassion. Dans une autre recherche, continue-t-elle, le groupe actif pratiquait une forme de relaxation, en écoutant une bande audio parlant de la respiration, tandis que le groupe contrôle, lui, se contentait d’attendre dans la pièce à côté…

Pour contrôler le degré de compassion, explique-t-elle encore, certaines études se contentaient d’utiliser des questionnaires, tandis que d’autres cherchaient à mesurer le gain en empathie, par exemple en observant si les sujets avaient plus tendance à céder leur place assise dans une salle d’attente pleine.

Apparemment, les résultats de la méta-analyse furent plutôt positifs. Les chiffres semblaient bien indiquer une augmentation légère, mais réelle de la qualité du comportement social. Mais Ute Kreplin ne s’est pas arrêtée là. Elle a examiné comment chaque étude avait été menée. Son travail nous montre les difficultés de la recherche non seulement sur la méditation, mais en psychologie tout court.

Elle s’est ainsi interrogée sur les fameux « groupes contrôle ». Lorsqu’on effectue une recherche médicale, il est facile de définir un groupe contrôle : on donne à ses membres un placebo, ce qui permet de comparer aisément avec les effets de la molécule ingérée par les membres du groupe « actif ». Mais qu’est-ce qu’un placebo en psychologie ? Existe-t-il une méditation placebo ? Comme on l’a vu, plus haut, selon les études, les groupes contrôles pouvaient se voir confier diverses activités très variées. Et selon l’activité du groupe contrôle, les résultats pouvaient être très différents. Ainsi, si ce dernier se contentait d’attendre dans une pièce alors que leurs partenaires pratiquaient la « loving-kindness » pendant 8 semaines, les résultats étaient positifs. Mais dans l’expérience où le groupe contrôle devait s’engager dans des discussions sur la compassion, on n’observait aucune corrélation significative… Alors, se demande Ute Kreplin : A-t-on réellement établi le bénéfice de la méditation, ou cela est-il simplement la preuve « qu’il vaut mieux faire quelque chose plutôt que rien » ?

Autre problème, le biais de l’expérimentateur. Dans les recherches les plus rigoureuses en médecine, on utilise ce qu’on appelle le « double aveugle ». Non seulement les sujets ne savent pas ce qu’ils prennent, mais l’expérimentateur l’ignore aussi. Ute Kreplin s’est demandée si, dans les expériences qu’elle a étudiées, l’instructeur de méditation était l’un des auteurs, voire le principal auteur de l’étude en question. Et elle est arrivée au chiffre impressionnant de 48 %. Et bien évidemment, on ne peut que soupçonner la possibilité que l’enthousiasme du chercheur ait été involontairement communiqué aux sujets. L’affaire devient encore plus ennuyeuse lorsque la chercheuse à découvert que c’était dans ces cas, et uniquement dans ces cas, que la compassion semblait connaître une augmentation chez les participants. Lorsque l’expérimentateur était différent de l’instructeur (ou lorsque cet instructeur était une simple bande audio), on ne constatait aucun changement.

Dernier souci, le biais de confirmation. Les chercheurs auraient tendance, une fois terminée l’expérience, à surévaluer nettement les résultats, donnant une signification trop importante à des écarts de statistiques négligeables.

Dans le reste de son essai pour Aeon, Ute Kreplin mentionne les cas où la méditation a entraîné des attaques de panique, de la dépression, voire des épisodes psychotiques. Nul besoin de paniquer (c’est quand même assez rare), mais la psychologue en profite pour rappeler ce que les bouddhistes ont toujours dit de la méditation : son but n’est pas de calmer l’esprit, mais au contraire de remettre en cause la nature même de notre individualité. Et cela n’est pas sans risque, évidemment.

En attendant, que nous montrent ces études ? Certes pas que la méditation est inutile ou inefficace. Plutôt qu’il s’agit d’un phénomène complexe qui engage l’ensemble de la personnalité d’un individu, et non une pilule dont les effets seraient clairs et définis. Et peut-être aussi qu’il faut cesser de faire des études sur des débutants alors que cette pratique demande des années de discipline quotidienne !

Rémi Sussan

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vendredi 17 août 2018

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